



Les musées de banlieue parisienne sont souvent mésestimés. On a déjà présenté le musée de la carte à jouer à Issy-les-Moulineaux. Cette fois-ci, on part de l’autre coté de la capitale pour aller explorer un fonds consacré à la Résistance.
L’accès en RER est aisé. La petite marche à faire en sortant de la gare vous oblige à longer la Marne. Le décor est très agréable, mais ne vous laissez pas charmer : vous venez pour la visite d’un musée pas pour profiter de la biodiversité locale.
Le bâtiment ne se rate pas. C’est une construction récente avec un étage qui s’avance. Honnêtement, le musée n’est pas bien indiqué mais entrez sans crainte : ça vaut le coup.
L’histoire de ce musée commence en 1962 par une collecte d’objets en lien avec la Résistance. En 1985, des murs accueillent cette collection. En 2020, l’ensemble déménage dans le bâtiment actuel. La muséographie est repensée et dépoussiérée. Les diverses dons constituent un fonds riche et pertinent. Les visiteuses.rs commencent par un film court qui rappelle le contexte historique : la France a perdu. Des images de Pétain et des scènes d’exode nous aident à nous rappeler nos cours d’Histoire.
On est entouré d’objets. Beaucoup de musées qui évoquent cette période bénéficie de collections riches. Même s’il reste peu de survivants de cette époque, ce n’est pas si loin… On peut observer des objets de la vie militaire ou ceux de la vie quotidienne en territoire occupé, mais ceux qui nous intéressent sont ceux qui concernent les résistant.e.s qui ont choisi d’utiliser l’imprimé. Et ça ne manque pas ! Si la première salle contient surtout des documents officiels (ordonnance, laisser-passer, etc), la deuxième salle contient déjà de nombreux journaux clandestins. Cela suffirait pour que nous, fans d’imprimés populaires, on se pourlèche les babines, cependant le musée va plus loin en présentant des objets en lien avec ces publications. Par exemple, une imprimerie en caoutchouc de la marque « La Mondiale » est exposée à coté des exemplaires du Valmy (journal créé à Paris en 1941 par Raymond Burgard) qui a utilisé ce matériel rudimentaire pour ses deux premiers numéros. Notre association a réussi à se procurer un kit identique mais on n’a jamais imaginé qu’il soit possible de faire un journal entier avec !
Plus surprenant encore : des morceaux de métal. Les résistant.e.s qui possédaient des machines devaient bricoler les réparations en façonnant eux-mêmes des pièces de remplacement.
Miméographe, ronéotype, machines à écrire, des presses portatives… Ces technologies qui sont familières à nos lecteurices fidèles sont toutes présentes dans ce musée.
Les cartels exposent sans ambiguïté que des actes de résistances sont rapidement apparus dés le début de l’Occupation. Et l’un de ces gestes a été d’imprimer.
Les publications émanent souvent de groupes déjà constitués et équipés comme les scouts, les universités. On apprécie la mention des collectifs de femmes qui ont également participé à l’impression et la diffusion de l’idée de résistance. Les journaux sont nombreux, mais les autres formes sont également présentes. Des petits papillons réalisés par les jeunes communistes de Cluny semblent être fait en gravure artisanale. Nombre de ces petits papiers sont fait de manières maladroites, ce qui participe à les rendre touchant. On sent la nécessité d’imprimer. J’ai également été ravie de voir la catapulte à feuilles volantes. Fabriquée avec une tapette à souris et une boîte de conserve, ce mécanisme incluait un système de retardement afin de permettre aux résistant.e.s de s‘éloigner avant que les tracts soient envoyés vers la foule. Outre le caractère ingénieux de cet appareil, on apprécie d’en apprendre davantage sur la vie de ces imprimés et notamment sur leur diffusion. On découvre aussi des personnages méconnus comme Roger Tirand ou Pierre Provost. Le premier était un imprimeur qui a mis son atelier à disposition des journaux clandestins et le deuxième un graveur qui a réalisé de fausses pièces d’identité. Effectivement, l’ingéniosité déployée par les faussaires fait partie des actes de résistance remarquable, de même que la création des Éditions de Minuit. Cette maison d’édition clandestine qui publie artisanalement 300 exemplaires du Silence de la mer de Vercors. Des photos de Robert Doisneau nous permettent de comprendre les conditions d’impression et de reliure de ces ouvrages. Tout un jeu d’imitation de publications officielles permet à des feuilles clandestines de diffuser l’idée que la résistance à l’occupant est possible. De grands noms ont participé à tout ça, Robert Doisneau (déjà cité), mais aussi Paul Eluard, Louis Aragon, Robert Desnos, Francis Ponge ou Michel Leiris…
Les organisations clandestines ont aussi diffusés des brochures avec des instructions pour réussir le sabotages des réseaux électriques et téléphoniques. Des codes secrets sont également imprimés sur des mouchoirs de soie à détruire après utilisation
Au delà de cette Résistance qui agit dans l’ombre pour lutter contre la résignation et la propagande nazie, le musée nous présente aussi des journaux de prisonniers qui sont des publications beaucoup moins connues. Ce lieu n’est pas dédié à l’imprimé, ici nous n’avons évoqué que quelques exemples d’objets qui ont retenu notre attention, à nous, fans d’imprimés populaires. Le reste de la collection est riche en émotion. Personnellement, j’avoue avoir été touchée par ces lettres jetées des trains par les prisonnièr.e.s dans l’espoir que quelqu’un les apporte à leurs proches.
Un dernier conseil : préférez y aller un week-end pour avoir une heure de plus pour la visite. Nous avons été surpris par le temps ce qui nous a obligé à accélérer. Pourtant, nous étions arrivés à l’ouverture. Cela doit finir de vous convaincre qu’il y a des choses à voir dans ce musée !
Plus d’informations sur le site du musée : https://www.musee-resistance.com/
Horaires : ouvert du mardi au vendredi de 14h-18h et les week-ends de 14h à 19h.
Vous pouvez aussi explorer des titres de presse clandestine sur Gallica (bibliothèque numérique de la BNF) qui à numériser des journaux de ce musée (dans les sélections, cliquez sur « Journaux clandestins de la Résistance »).
Illustrations :
La photo de notre kit La Mondiale
Issue du site : la voix des femmes : https://www.musee-resistance.com/wp-content/uploads/photo-gallery/La_Voix_des_femmes_UFF-11-1943-MRN.jpeg
A demander : une photo du bâtiment ?
