
Le nom de Louis Antoine Roussin (1819-1894) n’est pas forcément connu par tous les Réunionnais, mais les images qu’il a produites oui ! Né en 1819 à Avignon, Roussin suit une formation en art. Il est sergent d’infanterie dans la marine et est affecté à l’île Bourbon en 1842. Il décide d’y rester et se marie avec une Réunionnaise. Vers 1846, Roussin trouve une presse lithographique dans un magasin général de la marine. Elle a été abandonnée faute de technicien. La légende raconte qu’il apprivoise la machine et se forme à l’impression lithographique avant de donner à l’île une production abondante d’images.
Bailly écrit dans le Bulletin de la Société des Sciences et Arts du 21 juillet 1856 : “Tour à tour mécanicien, chimiste, dessinateur, il [Roussin] a dû reconstruire cette presse en entier, composer ses crayons, composer les matières qu’exige la préparation du papier et de la pierre, surprendre chacun des procédés de l’inventeur, deviner enfin un à un tous les moyens d’exécution”.
Forcément, cette histoire de découverte fortuite et de l’apprentissage en autodidacte, ça nous plaît bien. On ne peut pas s’empêcher de penser au journal clandestin Le Furet imprimé avec une presse lithographique d’origine inconnue. Mais évidemment, on manque d’éléments pour pouvoir tirer des conclusions de tout ça. Je rappelle que la lithographie est une technique qui s’est répandue autour de 1818. Des artistes l’avaient déjà utilisée pour représenter l’île, notamment Adolphe d’Hastrel en 1847. Il s’agissait de lithographies réalisées à partir de dessins réalisés lors d’un séjour en 1836-37. Jean Joseph Patu de Rosemont, un autre artiste qui a fait un long séjour sur l’île, a pratiqué la lithographie dès 1817. La plupart des exemples que j’ai trouvés semblent indiquer que les impressions d’images de Bourbon étaient faites en France hexagonale, mais il paraît probable qu’un des artistes, de passage sur l’île, ait eu du matériel avec ses bagages…
Quant à l’autodidaxie de Roussin, cela semble être une légende car, parmi ses professeurs en art, il y a eu Achille Deveria qui est certainement le premier à appliquer de la couleur sur la lithographie.
Au début, Roussin propose des travaux de villes à la lithographie, mais, très vite, il lance un grand projet : Souvenirs de l’Ile Bourbon qui paraît de 1847-1850. C’est une série de lithographies représentant l’île.
Quelque temps après, il part sur une œuvre encore plus ambitieuse : l’Album de La Réunion (de 1859 à 1868). En 1856, il obtient du Conseil Général une souscription pour quarante exemplaires pour chaque livraison. C’est une aide conséquente. En plus d’illustrations en lithographie, les fascicules contiennent aussi des textes sur l’île. Roussin fait contribuer d’autres membres de la Société des Sciences et Arts de La Réunion. C’est une œuvre d’une richesse incroyable.
Louis Antoine Roussin devient professeur de dessin au lycée de Saint-Denis en 1855. Il s’essaie aussi à l’imprimerie typographique en 1859 : il obtient un brevet d’imprimeur qui lui permet de lancer le journal La Malle. Cette expérience ne semble pas lui convenir, il cède la publication à un autre. En 1861, il va créer le journal la Semaine (c’est le premier hebdomadaire illustré de l’île), consacré au théâtre, aux arts et à la littérature. C’est dans ces pages qu’il publie le feuilleton dessiné le voyage de M. Chose dans la mer des Indes en 1862. L’imprimerie œuvre aussi pour le Bulletin de la Société d’Acclimatation et d’Histoire naturelle de l’Ile de La Réunion et celui de la Société des Sciences et Arts. Quelques livres sont également imprimés. Roussin, curieux, expérimente également la photographie dans les années 1860.
En 1872, il arrête d’imprimer et revend son matériel à un nommé Charmaille. Il fait appel à des imprimeurs et cherche des souscripteurs pour faire une réédition en quatre volumes de l’Album de l’île de La Réunion en 1878.
Louis Antoine Roussin décède en 1894.
Même si le storytelling autour de Roussin relève en partie de la légende, on ne peut pas passer à côté de cette figure qui nous laisse des portraits, des paysages et des saynètes qui ont marqué l’imaginaire de l’île.

En savoir plus
• Roussin, Louis Antoine. L’Album de l’île de la Réunion. Ed. Orphie, 2004.
• Ryckebusch, Jackie. Louis Antoine Roussin et ses précurseurs, historique de la lithographie sur la Réunion. F. et R. Chamonal, 1994.

