[entretien] L’atelier de l’association Paradigme, l’imprimerie dans la brosserie

Le 21 octobre 2024, on prend le train jusqu’à Clermont-de-l’Oise. Alexis nous y attend. Un peu de route pour arriver jusqu’au moulin de Saint-Félix. C’est une ancienne fabrique à brosses qui fonctionne grâce à un moulin à eau. Des bénévoles organisent des visites, mais cette valorisation laisse des espaces vides. Ça tombe bien car l’association Paradigme a des idées pour les remplir !
Nous entrons avec des étoiles dans les yeux : tant de machines ! C’est le paradis des fans d’imprimerie !

un batîment ancien avec une roue en partie immergée dans le cours d'eau.
Le moulin de Saint-Félix, une ancienne fabrique à brosses.



Alexis : Comment voulez-vous qu’on procède ? Si vous voulez, je fais le topo ?

Delphine : Volontiers.

A : A la base, il y a le fanzine annuel Exutoire Antidote. Le sous-titre de l’Antidote, c’est : « Un exutoire pour ceux qui le font, antidote pour ceux qui le lisent ».
On a fait ce premier fanzine dans une pièce qui est au fond. On avait une table pourrie avec juste des charnières pour la sérigraphie. On était une dizaine et il y a eu une vraie d’émulation. On a mis presque 2 ans à faire ce premier numéro. On appelait ça les soirées raclettes. Ça nous faisait marrer. Ce premier Exutoire Antidote comporte plein de défauts. Par exemple, on a pris un mauvais papier pour faire la couverture, donc là il se dépiaute.
Pour la sérigraphie, on utilisait grâcieusement la petite pièce.
Pierre, qui est le propriétaire des lieux, avait refait cet espace de la brosserie dans le but de le louer à un professionnel ou un artisan. Ça devait être un brocanteur mais il s’est désisté. Du coup, j’ai fait une proposition à Pierre, avec les membres de l’asso. Il avait vu que ça tournait bien. On lui a dit « nous on n’a pas les moyens de louer au prix que tu en veux au départ, mais si tu fais un effort, tu mets le loyer à moitié prix, nous on peut peut-être faire un truc intéressant et trouver d’autres façons de faire vivre et valoriser les lieux ».
On s’est mis d’accord pour 300 balles par mois. Pierre réinvestit ce loyer dans le bâtiment. On est conscient qu’on est hyper chanceux même s’il y a des contraintes dues à l’humidité.
On n’a pas de compte à rendre à une commune ou un truc comme ça. C’est pas une mise à disposition. C’est une location à un copain.
Ici, c’est beaucoup de débrouille : les copains artisans viennent donner des coups de main sur leurs temps libres. Pour compléter ça, Pierre donne ses fonds propres pour pouvoir maintenir ce lieu vivant. On utilise les projets associatifs du lieu pour trouver des fonds, mais c’est dérisoire par rapport à ce qu’il faudrait.

Yann : C’est à cause du fanzine en sérigraphie que l’art imprimé s’est développé dans votre association ? C’est ça qui vous a donné l’envie d’aller dans cette voie ?

A : Oui. On avait l’envie de diffuser nos œuvres, pas cher (même si, en vrai, en termes de temps de travail, ce n’est pas du tout rentable). C’est vraiment pour le plaisir qu’on l’a fait. Et, franchement, c’est ce qui a créé une vraie fédération d’artistes, un noyau dur. Là, on se pose des questions parce que c’est un énorme boulot. Défendre ce projet dans notre région, c’est compliqué. On ne l’a tiré qu’à 100 exemplaires, mais on a quand même du mal à le fourguer. Ce n’est pas la vente du fanzine qui nous fait vivre, mais c’est fédérateur.
On n’est pas prêts de lâcher ce projet, mais on va se retirer la pression du rythme annuel. On se dit qu’on fera le prochain fanzine quand on aura l’énergie et un peu de temps.
On arrive quand même à se diffuser et à avoir une certaine aura dans notre région. Ce n’était pas gagné parce qu’on est en pleine campagne où l’on n’a pas forcément des lieux cool de diffusion ou des librairies dans nos villes (la dernière de Clermont a fermé il y a peu). La Fnac et consort ont un peu court-circuité les commerces de proximité. On n’a pas envie d’être dans ces magasins-là.

D : Vous avez de nombreuses contraintes (Do It Yourself, écologiques, économiques), comment gérez-vous ça ?

A : C’est la réflexion qu’on a depuis le début. Avec la typo, ce qui est cool, c’est que c’est du pétrole. Tu nettoies ton encre et ça reste sur le chiffon. Il n’y a pas de trucs à déverser. Avec la sérigraphie, le produit d’émulsion, c’est le plus chiant, même si les encres ne sont pas top.
C’est un peu triste à dire, mais ici, c’est des années de pollution dans les sols. Toutes les graisses, les huiles, le plastique… C’est une décharge. On retrouve aussi des bidons d’huile, des trucs un peu crados. À l’époque où la brosserie était active, il ne faisait pas chier.
On aimerait bien refaire complètement la petite cabane (qui est en train de se casser la gueule). On va aussi se construire un bac de dégravage, parce qu’on ne pourra jamais s’en acheter un 4000 ou 5000 balles. Pour protéger le cours d’eau à côté, on pense aussi utiliser un truc pour filtrer l’eau des piscines. Ça agglomère les produits chimiques et les neutralise un peu. Ce n’est pas idéal parce qu’il y aura forcément un petit peu de résine, mais ça filtrera le plus gros. C’est notre projet pour l’année prochaine.
Il y a des gens du patrimoine qui viennent souvent et qui donnent des conseils.
De toute façon, avec les fadas d’histoire qui font du bénévolat ici, on ne va pas s’amuser à mettre du ciment sur les briques !

Y : Comment vous êtes passé de la sérigraphie sur la table avec deux charnières et les pinces à linge à l’atelier d’aujourd’hui avec une table aspirante, une claie de séchage, une presse typo pédalette… pleins de matos ?

A : On organise aussi un festival qui s’appelle le Microscope. À la première édition, on a invité plein de gens : les éditions du Monstre et plein de copains qui étaient dans le bouquin et dans la région. On a fait des spectacles un peu barrés, avec des artistes un peu punk, et tout. On l’a fait sur deux jours. C’était une super réussite, mais c’était un petit peu entre nous. On a eu quelques visiteurs de l’extérieur parce que c’était les journées du patrimoine. À chaque fois qu’on fait le festival Microscope, on essaie d’être dans un lieu où le public n’est pas forcément habitué à voir de la microédition, de l’estampe d’art ou des trucs comme ça.
Pour l’organisation de la première édition, on a eu l’envie d’investir dans du matériel d’imprimerie. En sérigraphie, on avait déjà acheté cette table, qui était un peu mieux que notre charnière. On avait le bon espace, alors on s’est dit: on peut peut-être mettre un peu d’argent pour mettre en place une clé de séchage. On avait été la chercher dans un squat à Montreuil contre un chèque qui n’a jamais été encaissé. Pour le mobilier, il y a beaucoup de dons Emmaüs, parce que c’est notre partenaire. Ensuite, on a eu une super occase pour acheter la brocheuse, la raineuse et la coupeuse d’angle. C’est une femme, juste à côté à Saint-Maximin, qui a hérité tout ça de son père typographe dans les Vosges. On les a achetés pour une bouchée de pain. La propriétaire ne voulait pas s’en séparer à moins que ça soit pour un projet cool dans lequel elle se retrouverait.
Ce matériel nous a permis de faire un gros projet avec association qui s’occupe des problèmes de santé mentale dans la région. On leur a fait plus de huit cents petits carnets. On a été aidé pour ce travail important qui a pris une semaine. Ça nous a bien payés. On a pu réinvestir dans du matériel. On avait acheté ce massicot qu’on a été chercher dans le Nord. C’était lourd, on en a chié. Surtout qu’il était dans un sous-sol et qu’il fallait le monter par un escalier de meunier. À deux, c’était un peu rude mais il est là.
Pour tout ce qui est typo, c’est né d’une volonté de faire un atelier d’imprimerie avec une couleur patrimoniale. On trouvait pertinent d’avoir du matériel qui date de la même époque que le musée dans lequel on se trouve. Ça a du sens.
Et puis, il y a aussi eu la rencontre entre l’association Paradigme et Vincent Guillet. Il a un véritable petit musée de l’imprimerie dans son sous-sol. Il fait de la microédition d’œuvres littéraires peu inconnues avec sa structure les Voies de Garage. Vincent est aussi dans une démarche do it yourself, mais avec un degré d’exigence et de connaissance typographique assez costaud.
C’est grâce à son réseau de copains typographes qu’on a su qu’un atelier fermait à la Briche (en Seine-Saint-Denis). Il y avait cette grosse presse Eiffel et tout un set de typographie des caractères, des composteurs, des coupoirs… En fait, il y avait quasiment un atelier complet. Il fallait récupérer tout ça en urgence parce que c’était dans un entrepôt qui devait être vidé à la Briche. On a été chercher ce matos avec un copain. Ça a été un peu folklo. On s’est retrouvé avec un camion de location dans un entrepôt, avec la fleur au fusil, en se disant: ça va passer. On avait pris un transpalette, mais la machine était trop lourde. Le transpalette a littéralement explosé. Évidemment, ça ne montait pas par le haillon du camion qui ne pouvait pas supporter ce genre de poids (entre 500 et 700 kg). Par chance, on a rencontré un mec de circassiens la Briche qui avait un copain ferrailleur qui est venu avec un camion qui datait probablement des années 70-80 avec un bras-grue. C’est lui qui l’avait ramené sur place, donc il savait comment la bouger.On l’a ramené en mode « convoi exceptionnel ». On a réussi à mettre tous les caractères et les accessoires de l’atelier dans un camion à vingt mètres cubes et la presse est venue avec un camion-benne de ferrailleur.
On a obtenu cet atelier pour pas très cher, parce que, comme précédemment, le propriétaire voulait que ça aille à un endroit où ce serait utilisé.
Cette presse a une superbe histoire : elle a appartenu à Jean-Jacques Sergent qui est un superbe typographe.
Je viens de trouver ce bouquin qui est une édition super rare, parce que c’est une édition extrêment limitée. C’est un mec qui s’est mis à la typo un peu tout seul à Cléry-Saint-André (dans le Loiret). Au début, il faisait ses petits projets et puis après il a édité ses copains artistes de 1969 à 2011. Il est mort en 2011. Ce bouquin a été édité par la bibliothèque de Sainte-Geneviève à Paris qui a récupéré tout le fonds de Jean-Jacques Sergent. Sur des photos, on le voit travailler sur cette machine-là. C’est cool. Il est intéressant ce bonhomme. Il y a une sorte d’humour dans son travail. C’était une sorte d’hurluberlue. Il a imprimé Tristan Maya, Aragon… Il s’est associé avec des graveurs et il a imprimé du Lautréamont. Il a fait des choses très belles. Des trucs un peu légers et des compositions rigolotes.
C’est super touchant d’avoir récupéré l’atelier de ce mec-là qui a fait des choses vraiment chouettes pour des trucs qui nous ressemblent un peu en plus. Ou plutôt qui ressemble à la désinvolture qu’on aimerait avoir avec l’association.
On se demande ce qu’on fait de cet héritage-là, il y a peut-être un truc à faire.

Voilà, je pense qu’on est bien parti pour faire des petites éditions. On a expérimenté la linogravure parce que ça marche bien sur cette presse.
L’idée c’est de refaire des livres avec. Ce serait l’idéal, mais c’est un peu ambitieux parce que je suis un peu le seul à vouloir faire de la typo. Tout est à construire là-dessus. Je pense qu’il faut lancer un truc avec un projet.

Y : Le premier festival que vous avez fait ici avait un peu impulsé les choses, si j’ai bien compris.

A : Oui, cette année c’était la troisième édition. La deuxième, on l’a fait à Clermont, en partenariat avec la médiathèque de la ville dans la grande histoire.C’est un lieu qui a été ouvert dans l’ancienne maison de Roger Martin du Gard. C’est dédié à la littérature.
Cette année, on l’a fait à Emmaüs. Ça a du sens pour nous parce que c’est vraiment notre partenaire historique.
J’ai appris la sérigraphie en partie avec un autre artiste qui s’appelait X-cuse, maintenant son nom d’artiste c’est Fabien Mazel. C’est un street artist qui s’est mis à la sérigraphie. À l’époque, on était très amis avec le responsable d’Emmaüs, qui s’appelait Frank. Il nous a demandé s’il y avait moyen de monter un atelier de sérigraphie pour imprimer des t-shirts et du textile.
C’est là que j’ai appris la sérigraphie avec les compagnons. L’idée, c’était de les former pour qu’ils fassent des t-shirts à l’effigie de l’abbé Pierre. Autant vous dire que là c’est un peu en stand by.
À force d’y traîner, j’ai tissé des liens avec les compagnons et les responsables. On monte ensemble des projets culturels.
C’est ça qui fait vivre l’asso, pas l’atelier qui est ici, pas le fanzine ou nos productions, c’est vraiment l’action culturelle. On monte des ateliers avec plein de publics. Majoritairement scolaire à l’époque, mais très vite, on a fait d’autres publics avec des gens en situation de handicap, des anciens…
En fait, tous les publics. On a une volonté d’éducation populaire, de remettre en avant les métiers du livre. On n’aime pas trop la relation maître-élève. On fait des petites initiations pour donner l’envie.
C’est ce qui fait vivre l’asso et qui finance un peu tout.

Y : Tu peux nous décrire un peu plus les ateliers.

A : Il y a plusieurs ateliers. Au départ, ce n’était que de la sérigraphie. On faisait des petits recueils, des petites affiches. C’était souvent en lien avec Celebration days, donc avec un projet musical derrière.
On est très en lien avec les associations locales : la grange à musique, l’espace Matisse de Creil (un espace d’exposition et de création artistique)…
On a multiplié les projets, notamment des résidences, des expositions d’art contemporain. On a un réseau d’artistes et street artists autour de nous. On est parti de tout ça même si on s’en est éloigné, on a toujours envie de faire des trucs qui se voient dans la rue. La forme livre c’est compliqué et ça parle surtout aux personnes qui sont un peu initiées. Même si on a l’ambition de diffuser un peu cette envie, on ne se fait pas trop d’illusions : c’est quand même un truc de niche. Le fanzinat, c’est un petit milieu.

On se voit comme un atelier partagé et pas une maison d’édition. Être une maison d’édition, ça demanderait de réfléchir à une vraie ligne directrice et de juger de contenus littéraires. Moi, personnellement, je ne me sens pas assez pointu pour dire « ça, ce n’est pas bien ».

Y : Mais vous éditez quand même ?

A : On édite quand même. C’est fabriqué par l’artiste dans les ateliers Paradigme. On n’a aucun droit sur les textes et son contenu.
On s’est inspiré de ce que fait Papier gâchette à Strasbourg.
Ils ne se revendiquent pas maison d’édition. Ils disent: on est là, on a des bénévoles, on aide les bonnes volontés à faire des productions artistiques et à éditer des choses. On garde aussi l’idée qu’il ne faut pas que ça soit cher.

Dans tout ça, il y a aussi une question d’affect et d’énergie. Il ne faut pas se voiler la face : on n’est pas beaucoup. Moi, je suis seul salarié. Les bénévoles qui sont dispo, il n’y en a pas tant que ça. Si quelqu’un vient faire un projet et qu’il ne maîtrise pas du tout les techniques, ça peut être compliqué de l’accompagner. On ne veut pas être des prestataires, surtout qu’on n’est pas des experts. En sérigraphie, on commence à avoir une expertise, mais, pour le reste (la reliure, par exemple), ce sont de vrais métiers. C’est pour ça qu’on a envie de faire les choses simplement. La brocheuse, par exemple, permet ça.

D : Est-ce que vous êtes connecté à un réseau national ou international de lieux en lien avec l’imprimerie ?

A : Personnellement, j’ai fait quelques musées de l’imprimerie (notamment celui de Nantes) par intérêt personnel. Par l’intermédiaire de Vincent de Voies de Garage, on a pu rencontrer des gens qui font de la typographie (notamment dans le Nord). En vérité, la typo ça nous a un peu tombé sur le coin du bec. On n’est pas trop encore dans le réseau. Surtout qu’on n’a fait que des affiches pour l’instant. On ne peut pas encore se revendiquer typographe et ça va prendre du temps tout ça.

Y : Mais est-ce que c’est vers ça que tu veux aller ?

A : Ah oui ! Moi, j’ai bien envie de développer la typo. Après, il ne faut pas que je sois tout seul. Moi, je n’écris pas. Je lis beaucoup. J’aime bien le côté un peu technique et bricoleur. Et puis, c’est une machine qui se mérite, qui s’entretient.
Elle a une histoire cette machine. Pour moi, il y a un affect. J’ai passé du temps à trouver le système pour qu’elle tourne à la bonne vitesse.
J’ai envie de faire de beaux ouvrages. J’ai déjà un projet perso artistique que je souhaite mener.

D : Tu te sens quand même plus artiste que technicien ?

A : Ah ouais clairement ! La technique pour moi, c’est un moyen plus qu’un but. C’est une façon de diffuser quelque chose. La différence entre artisan et artiste est un peu flou pour moi.

Y : Je pense que lorsque tu es artisan, tu es vraiment dans la maîtrise du geste et du résultat que tu veux obtenir. Tu es dans le contrôle total, alors que, dans une démarche artistique, il y a une part de lâcher-prise. En tant qu’artiste, tu dois être capable de te laisser entraîner par des choses pour aller explorer des pistes. Ça permet d’instaurer un dialogue entre les matières que tu travailles et le sentiment que tu en as. Un artisan doit maîtriser la matière pour la faire aller là où tu veux qu’elle aille.

A : Mais si tu maîtrises bien ta technique, tu peux aussi t’amuser avec elle et laisser une petite part à l’aléatoire.

Y : Qu’est-ce que tu penses du low-tech ? Comment tu te positionnes par rapport à ça ?

A : Quand la presse est arrivée et qu’il fallait trouver un moyen de la faire tourner à la bonne vitesse, on a tous pensé au moulin. Il marche à l’hydraulique. Il suffirait peut-être de tirer un arbre en plus avec une courroie. On s’est même penché sur l’idée de mettre un vélo d’appartement et de le faire tourner comme ça.
Et en fait, on ne l’a pas fait. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que ça demande beaucoup d’énergie, de temps et d’ingéniosité.
C’est compliqué. Surtout qu’au final, on a rencontré un typographe qui nous a dit: « mec, pourquoi tu te fais chier : il y a un truc sur amazon. Ça coûte 90 balles et ça te la fait tourner à la vitesse que tu veux». Ça a tout réglé en cinq minutes, alors que ça faisait des années qu’on y réfléchissait.
Ici, on ne peut pas miser sur l’électricité parce qu’il fait trop froid et trop humide. Donc, le low-tech, ça s’est fait naturellement, mais plus par simplicité. J’aime bien l’idée de ne pas utiliser trop d’électricité, même si ce n’est pas une démarche spécialement volontaire.
Après, je sais que j’ai un problème avec les machines : je suis presque fétichiste. Chez moi, j’ai plein d’objets, je passe du temps sur le bon coin pour trouver des outils. Ce n’est pas pour rien que j’ai été brocanteur. En fait, ça me fait triper d’avoir des trucs qui nous facilitent la vie. Par contre, je sais d’où je viens. Je sais que j’ai commencé dans la cuisine. Je suis fascinée par tous les gens qui font des trucs super avec des bouts de ficelles. J’ai presque plus de respect pour ces gens-là que pour des gens qui utilisent des machines hyper techniques. Après, j’avoue, c’est quand même confort.

D : Ce que je trouve le plus remarquable, ce sont les partenariats que vous avez. Celui avec Emmaüs, par exemple, me paraît pertinent pour trouver du matériel et participer à la vie locale.

A : Tout ce qui se passe ici, vu qu’on est en campagne, c’est du réseau de copains, d’associations, d’interconnaissance. Tout le monde s’entraide dans les projets. Emmaüs fait juste partie d’un chaînon d’entraide en campagne.
Tout cela se fait naturellement. Ce n’est même pas écrit où que ce soit. C’est un truc qui se fait par la force des choses. Tout le monde se connaît, tout le monde s’aide. C’est une question de confort et de survie. On ne pourra pas faire autrement ici. Mais c’est juste : « ou bien c’est l’entraide générale ou bien on ne le fait pas quoi ».


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