POURQUOI FAIRE DES PORTRAITS ?

J’ai longtemps hésité à faire une rubrique portrait. J’aime pas trop dire du bien des gens parce :

  1. on peut se tromper et donc faire l’apologie d’une ordure
  2. ça participe à une vision du monde qui se centralise sur la figure du héros providentiel qui néglige la place du collectif

Je m’explique plus en détail : je crois que derrière chaque personnage célèbre (ceux que l’Histoire et l’Histoire des arts a choisi de garder) se cache des inconnus. Par exemple (exemple fictif issu de mon imaginaire) : Parmi les meilleurs trouvailles de Molière, certaines ont été inspirées (voire piquées) à ce gars qu’il a croisé dans la taverne et qui sortait des blagues pour qu’on lui paye des verres. Ce gars n’a jamais rien écrit et l’histoire ignore son nom. Cet inconnu n’a pas tout inventé non plus : il s’est aussi inspiré de trucs entendus à droite et à gauche.

A chaque fois que je regarde un documentaire historique sur une personnalité, je ne peux m’empêcher de penser à ce second rôle négligé. Et je m’énerve derrière mon écran et maudissant cette société qui incite à être soit un surhomme (le héros providentiel), soit un suiveur de surhomme. Arrêtons de créer de l’attente et de la résignation et incitons à l’action : pas besoin d’être un héros pour agir, pas besoin de se trouver de nouvelles idoles.

Mais voilà.

Derrière ce discours marqué par mes convictions politiques (assez évidente, je pense), il y a aussi l’envie de valoriser des démarches et des personnalités qui ont su sortir des chemins balisés. Alors j’ai finis par craquer et taper ce premier portrait et j’espère que cela inspirera nos lecteurs, non pas à imiter ce personnage, mais bien à trouver leur propre voie.

Evidemment, il reste le risque de faire l’apologie du travail d’une ordure (le syndrome Roman Polanski/Bertrand Cantat). Et bien… Je vais prendre le risque. Puisque mon but est de parler du travail de personnes qui ont une démarche en lien avec l’imprimé populaire, je pense qu’on abordera peu de personnages riches, célèbres et puissants, déjà moult ensencés dans les mass-médias. Ne laissons pas la peur nous interdire de visibiliser des démarches.

Bonne lecture !

Papyart de Lyon

Comment commencer ce portrait ? Difficile car le personnage en question peut être abordé de plusieurs façons :

Papy@rt le sérigraphe, Papy@rt le militant, Papy@rt le doux-rêveur décalé, Papy@rt le passeur de mémoire, Papy@rt le rassembleur…

Commençons peut-être par l’aspect sérigraphe (en effet, c’est une revue consacrée à l’imprimé…) : Papy@rt se présente souvent (notamment dans les articles de presse qui lui sont consacrés) avec ce seul qualificatif : sérigraphe. Quand vous le croisez, vous découvrez à l’intonation qu’il met dans ce mot que ce titre est plus précieux qu’une médaille ! Pour vous le faire sentir, je peux tenter cette figure de style : Papy@rt n’est pas sérigraphe. Non, il est SERIGRAPHE. C’est pas mal, mais ma formule donne l’impression que cet homme a un coté « aristo-de-la-raclette », or rien n’est moins vrai ! En apparence, le gars a tout du vieux militant rêveur et farfelu, celui qui intervient pour proposer des projets atypiques. Vous voyez ? Des fois les gens l’écoutent et le suivent dans son délire et des fois les gens l’ignorent et font comme s’ils n’avaient rien entendu. Dans tous les cas, ce gars sera présent. L’excentrique militant est souvent un persévérant (une qualité que j’admire énormément). Bon, là je vous avoue que c’est dans ma tête : je ne connais pas assez le bonhomme pour savoir si ce que je projette sur son apparence est réelle ou pas. Mais sa pratique de la sérigraphie permet de dire avec certitude que le gars n’aime pas faire du chichi. En effet, on le croise facilement dans la rue avec son vélo de sérigraphie. Avec son matos rudimentaire, il transforme ses impressions en spectacle. C’est pas la finesse esthétique qui subjugue, mais l’ingéniosité des sloggans et de l’image.

Bah oui, je vous ai signalé que Papy@rt avait une activité militante mais cela ne veut pas dire qu’elle est dépourvue d’humour . J’aime particulièrement la « Manif pour Toast : le petit déjeuner c’est une tartine et de la confiture ! ». Normalement, à ce stade du texte, vous avez compris pourquoi les amis de l’Imprimé Populaire gardent un œil sur le travail de cet homme : une pratique d’impression qui cherche à rester sur le terrain et qui se met au service d’une cause… On est loin du sérigraphe-artiste qui travaille seul et expose dans des galeries.

Papy@rt ancre sa démarche dans sa ville : Lyon. Il a de la chance : c’est dans cette ville qu’on trouve le plus grand musée français de l’imprimerie. Ce lieu fait parti des endroits où vous pouvez le croiser puisqu’il s’occupe des ateliers de sérigraphie.

Il travaille aussi avec d’autres artistes lyonnais pour organiser le festival « la rue de la sérigraphie » et pour imprimer le calendrier « raclette party » (qui ne concerne pas ce plat typique de la saison froide, mais bien cet outil qu’on utilise en sérigraphie). Et comme si toutes ces activités étaient négligeables, Papy@rt organise aussi des visites guidées de Lyon (et plus précisément du quartier de la Croix Rousse) pour parler de l’histoire militante (squatt, mouvements libertaires, lutte anti-fascisme…) et de … Sérigraphie !

Le militantisme de Papy@rt prend toujours le dessus sur la nécessité de « bien faire ». Papy@rt a une démarche décomplexée qui invite à la participation. Ça, ça ne pouvait que nous plaire.

sources :

https://papyartblog.wordpress.com

Images :

Atelier mobile de sérigraphie avec le tricyclo-serigrapheur !

Sérigraphie collée sur les murs !streetart véritable !

Manif pour Toast..en manif !

Le seri-Solex !