[portrait] Samuel Etienne : des fanzines à l’université

On se souvient tous de ce gag dans le film Camping : le personnage principal s’appelle Chirac et quand on lui parle de la confusion possible avec son présidentiel homonyme, le héros répond « Pourquoi c’est moi qui changerait ? » . Samuel Etienne ne partage pas seulement un nom avec une célébrité, mais aussi le prénom. Pour Wikipédia, Samuel Etienne est un journaliste, animateur de radio et de télévision. Pour nous, Samuel Etienne est quelqu’un qui étudie et produit des fanzines.

C’est en 2018 avec Bricolage Radical (une publication où il fait un panorama de l’univers des fanzines Do it yourself) que je découvre le bonhomme. Le texte est sérieux et rigoureux. On sent que Samuel Etienne est enseignant-chercheur à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes Université PSL. Son travail documente d’une façon inédite et précieuse le fanzinat. Cela attire l’attention sur lui dont je n’avais jamais entendu parler. Est-ce un nouveau venu sur la scène des fanzines ? Pas du tout, Bricolage Radical n’est pas sa première publication que ce soit en tant qu’universitaire ou en tant que fanzineux. Il est là depuis le milieu des années 80. Il fait des fanzines musicaux avec des potes à coté de ses études. On peut être assez nombreux à se reconnaître dans un parcours de ce type : L’activité de publication est classée dans la partie loisirs de notre vie. En parallèle, on construit une carrière professionnelle bien distinct.

Samuel Etienne fait des études scientifiques assez impressionnante qui l’amène à passer un doctorat sur la biomorphologie d’un milieu périglaciaire humide. Même si ces termes sont pour moi assez obscures, je vois bien que cela n’a pas grand-chose à voir avec le fanzinat. Pourtant, Samuel va créer une passerelle entre ses deux vies. La valeur de sa connaissance des médias alternatifs va attirer l’attention et, à partir de 2019, il va pouvoir se consacrer à la recherche sur les fanzines (notamment scientifiques) et aux formes éditoriales du dialogue entre sciences de la nature et arts.

Certes, cette accréditation par l’institution ouvre des portes mais sur la scène fanzine, cela n’a pas tant de valeur que ça. On répond volontiers aux universitaires, mais on reste distant si on sent qu’elleux ne sont là que pour observer. Ce n’est pas le cas de Samuel Etienne qui a fondé les éditions Strandflat où il publie sous le pseudo Seitoung toute sorte de choses :

  • Bricolage Radical : deux tomes sur le fanzinat DIY.
  • Artiste éditeur par Antoine Lefebvre : la thèse d’Antoine Lefebvre sur sa pratique de publication dans le milieu de l’art.
  • 66 manifestes pour un art rebelle 100 % DIY : réfléchir sur la rebellitude en listant des courants artistiques parfois fictifs.
  • Zines (4 numéros) : une revue universitaire internationale dédiée aux fanzines et aux médias DIY.
  • Fiction-Science (deux numéros) : revue annuelle consacrée au dialogue science-art .
  • Sismotrain : fanzine d’art ferroviaire, c’est-à-dire sur des créations issues d’un voyage en train.
  • Affichage Sauvage : Hommage au travail de Jacques Villeglé.
  • Boulders : revue sur la place des blocs rocheux dans l’art contemporain.
  • Etc…

En regardant les pages du site de Strandflat, on constate que les publications de Samuel Etienne sont à cheval entre deux réalités : Pas de brochures photocopiés en noir et blanc dégueulasse mais des impressions couleurs à bords perdus. Le rendu est très propre et donne le sentiment qu’on est face à un « vrai livre ». Pourtant les annonces de certains tirages sont assez surprenants : 25 pour le premier numéros de Sismotrain. Les sujets de niche nous laissent deviner que c’est grâce à l’envie de l’auteur que ces publications existent. Le fanzine permet en effet de faire ce genre de caprice.

Je sais que des publications (comme le fanzine musical Daedalus) ne sont pas répertorié dans cette liste car antérieures à la création de Strandflat. Dommage, on n’aura pas de biblio/fanzinographie complète de Samuel Etienne. Au final, ça ne me dérange pas car ce qui m’intéresse dans son parcours, ce n’est pas la quantité de ses publications mais bien son positionnement original de chercheur-fanzineux-médiateur.

En effet, quand il ne publie pas ou qu’il ne fait pas des trucs d’universitaires (genre enseigner et chercher), Samuel Etienne participe à des événements. On l’a vu, en 2021, imiter son homonymes pour animer Questions pour un champion des fanzines lors des Universités d’Été du Fanzine de Poitiers. Il organise aussi le Wild Zine Saloon, un marché du zines en plein air à Saint Malo au mois d’Août.

Ce que je retiens de Samuel Etienne c’est une érudition serviable accompagnée d’un vrai sens de l’autodérision.

Vidéo « Samuel Etienne : son histoire du fanzinat » sur la chaîne Bandes dessinées (15 juillet 2022)

On peut voir aussi Samuel Etienne dans le film documentaire Fanzinat, passion et histoires des fanzines en France de Laure Bessi, Guillaume Gwardeath et Jean-Philippe Putaud-Michalski.

Et bien sûr le site de Seitoung : http://seitoung.fr/

Et des éditions Strandflat : http://strandflat.fr/